Survol de Bruxelles: Pourquoi Jacqueline Galant est cernée ?

Survol de Bruxelles : pourquoi Jacqueline Galant est cernée (Article du Vif L’Express - 20/03/2015 - p. 34-35)

Six mois après son entrée en fonction, la ministre MR de la Mobilité n'a pas encore proposé de mesure concrète pour sortir de cet épineux dossier, moratoire mis à part. Ses adversaires politiques et les riverains s'impatientent. Elle promet d'atterrir en 2016. C'est loin... 

Elle a juré qu'elle mettrait de l'ordre dans le ciel bruxellois. Sans précipitation. En prenant le temps de rencontrer toutes les parties à la cause – et cela fait du monde ! Qu'elle prendrait ensuite des mesures qui n'entraveraient pas le développement de l'aéroport et qui  soulageraient en même temps les Bruxellois. Beau programme. 

Où en est-on six mois plus tard ? A peu près nulle part, en tout cas en termes de résultats visibles. Certes, six mois, ce n'est pas long ; la ministre Jacqueline Galant, qui n'a pas souhaité répondre elle-même au Vif/L'Express, a de quoi s'occuper par ailleurs ; et le dossier du survol est l'un des plus complexes qui soit. Mais depuis qu'elle a obtenu le retour à la situation d'avant le 6 février 2014, date d'entrée en vigueur du plan de dispersion baptisé Plan Wathelet, la libérale n'a plus avancé. 

« Nous avons opté pour une méthode de travail discrète et silencieuse », justifie Dominique Offergeld, sa cheffe de cabinet. Peut-être. Mais confrontés à ce silence, les uns et les autres commencent à trépigner. 

Et à pointer du doigt ce qu'ils considèrent comme d'évidentes faiblesses. 

La composition de la cellule aéronautique. 

Pour s'occuper de ce dossier, la ministre Galant s'est entourée de personnes qui ne se sont jamais penchées sur cette question. Outre Dominique Laurent, chef de cabinet adjoint, cette cellule rassemble un pilote de Ryanair (ce qui ne manque pas de soulever des questions en termes de conflit d'intérêt), un jeune conseiller communal montois MR, un membre du comité de direction de Liège Airport, en charge des questions juridiques, et un ancien de Belgocontrol.

On n'y trouve pas de Bruxellois – le président du SPF Mobilité, Laurent Ledoux, en est un – et c'est volontaire : l'objectif est d'échapper aux éventuelles manipulations d'experts qui pourraient être concernés par les routes aériennes. Un raisonnement simpliste et inefficace, estiment pêle-mêle députés et associations de riverains. « La bonne volonté du cabinet n'est pas en cause. Mais ses membres ne sont pas compétents », affirme l'un d'eux. Un constat que nombre d'observateurs partagent. 

Six mois après leur entrée en fonction, les questions posées en réunion de travail par les membres du cabinet ou par la ministre elle-même sont, dit-on, affligeantes. « Le cabinet n'en touche pas une. Ses décisions ne sont pas guidées par une vision stratégique », dénonce le parlementaire Ecolo Benoit Hellings. 

L'absence de concertation. 

Jacqueline Galant s'était aussi engagée à discuter avec tous les niveaux de pouvoir concernés. Des contacts ont bien eu lieu en novembre et décembre 2014, tant avec les cabinets wallon que bruxellois de l'Environnement mais ils ont été rompus depuis lors. Aucun des groupes de travail promis n'a été mis sur pied. 
La ministre n'a plus souhaité discuter avec son homologue bruxelloise Céline Fremault (CDH) dès lors que mi-janvier, celle-ci a réclamé des astreintes au gouvernement fédéral comme le lui permettait l'ordonnance rendue en juillet par le Tribunal de Première instance de Bruxelles. « Elle savait qu'il nous fallait du temps pour supprimer les routes du Plan Wathelet, fulmine Dominique Offergeld. Et elle n'a pas attendu. C'est une agression et un acte purement politique. Dans ces conditions, nous ne discutons plus avec elle. » Ni, du coup, avec aucune des autres Régions. 

Le cabinet bruxellois de l'Environnement, lui, déplore de n'avoir pas été averti des travaux prévus sur plusieurs pistes de l'aéroport à partir du mois de mai. L'ambiance est bonne dans le bac à sable... 

L'absence de mesures concrètes. 

Les « quick-wins » envisagés par le cabinet de la Mobilité, c'est-à-dire les solutions techniquement faciles à mettre en place avec un effet positif immédiat (prise d'altitude plus rapide au décollage, atterrissage par paliers) ne sont pas encore opérationnels. Ils devraient être présentés en mars ou avril. 

Aucune étude sur les vols de nuit ni sur les conséquences d'une éventuelle interdiction de vols entre 6 h et 7 h n'a été demandée. 

Le cabinet ne bénéficie pas de budget pour de telles enquêtes.

Des étudiants de Solvay ont toutefois effectué un travail, resté confidentiel, sur l'impact économique d'un rallongement éventuel de la nuit. « Des mesures concernant les activités nocturnes de l'aéroport ou permettant de supprimer le trafic au-dessus des zones les plus densément peuplées de Bruxelles, en particulier sur la route du Canal, sont attendues avec impatience, rappelle le mouvement citoyen Pas question ! Sinon, aucun plan ne sera en effet durable. » 

Rien non plus en termes de cadastre des routes historiques depuis 1971, qui permettrait d'analyser objectivement l'évolution des routes aériennes. « Nous n'en voyons pas la nécessité », répond Dominique Offergeld à ceux qui trouvent ce travail indispensable. 

De la même manière, le cabinet estime disposer de suffisamment d'informations puisées dans des études existantes pour ne pas devoir commander une nouvelle enquête comparative sur les pratiques d'autres aéroports. 

« La ministre devrait au moins commander ces différentes études, estime la députée socialiste Karin Lalieux. On n'a pas le sentiment qu'elle pose les actes préliminaires nécessaires pour construire le dossier et ensuite décider. Et cela, c'est inquiétant. » 

Le cabinet Galant assure qu'il travaille selon une démarche « assez originale » en s'appuyant sur « des avis extérieurs ». Il ne souhaite pas en dire davantage. L'atterrissage des mesures structurelles est prévu en 2016. 

Or, à partir de juin 2016, il ne sera plus possible d'introduire des restrictions d'exploitation liées au bruit pour l'aéroport de Bruxelles National en vertu d'une directive européenne. « Ce serait donc une catastrophe si rien n'était fait dans les temps », s'exclame un ténor  bruxellois. Les services juridiques du cabinet Galant ne font pas cette analyse : il n'y a pas lieu de se sentir coincé par cette directive, affirment-ils. Ils semblent seuls à penser de la sorte. 

Enfin, l'autorité indépendante de contrôle des nuisances sonores évoquée dans la déclaration gouvernementale n'existe pas à ce jour : aucun budget n'est prévu pour cette structure et on ne sait pas comment elle sera composée. La ministre dit tout faire pour la créer encore cette année. Trop lent, répliquent ses adversaires, pour qui cet organe de contrôle pourrait être installé sans tarder.

La pression du cabinet de Céline Fremault.

Pendant ce temps, la ministre bruxelloise de l'Environnement pose ses pions. Elle dispose en effet de l'arme de l'action en cessation environnementale – et des astreintes – au cas où les normes de bruit de la Région ne seraient pas respectées. C'est le réseau, renforcé, de sonomètres, qui en attestera. 

Le cabinet Fremault a par ailleurs commandé une étude auprès du bureau d'études A-tech. Elle analysera et comparera les moyens mis en œuvre dans différents aéroports en termes de prévention et de lutte contre le bruit du trafic aérien. 

Bref, la pression sur la ministre Galant est maximale. D'autant plus que le dossier est aussi miné par les tensions entre les Régions qui entendent, chacune, défendre « leur » population. « L'Etat fédéral est neutralisé par les conflits interrégionaux et de facto, vidé de sa substance », constate un proche du dossier. 

Si l'on y ajoute le rôle de Belgocontrol, gestionnaire des routes aériennes, qui ne transmet pas toujours les informations nécessaires et semble défendre surtout des intérêts flamands, et l'évident souhait de l'aéroport, Brussels Airport Company, de se développer à tout crin, on comprend combien la marge de manœuvre est étroite. 

Sans compter les associations de riverains et de citoyens qui ont pris un poids considérable et dont l'expertise est réelle. « Elle est nettement supérieure à celle du cabinet », affirme un député. Un comble. 

Par Laurence van Ruymbeke ■